Le récit de notre aventure en Patagonie et quelques belles photos

Cet automne nous sommes partie explorer la cordillère de Darwin, au sud de la Patagonie, notre projet initie par Yvan Estienne, était d`effectuer la première traversée ouest est de cette chaîne peu connue et rarement explorée.

Yvan et son ami Francois ont constitues autour deux, une equipes de solides alpinistes, la pluspart guide de haute montagne pour tenter cette première dans un massif recule. Sur ce defit sportif s’est greffe une étude scientifique, en effet la sœur de Francois voyant naitre le projet a pensée que cette aventure humaine pourrait être un excellent sujet a étudier, pour elle et son équipe qui enseignent le management a l`université de Nanterre. La bateau, notre camps de base servant de base et de relais pour le recueille des données.

Etant médecin, je me suis proposer d`étudier le facteur humain individuel et particulièrement le stress qui a son impacte sur la performance collective au moyen de questionnaire d`évaluation du stress et d`un agenda du sommeil. Un dossier ANR a été constitue et grâce a leur savoir faire, et un financement pour les travaux de recherche obtenu, les alpinistes seront nos cobayes…. Enfin Sandra Lavorel directeur de recherche CNRS en écologie alpine a souhaite se joindre a l`équipe en coopération avec une université chilienne pour prélever des échantillon de sol et en étudier la composition…Amie d`Yvan de longue date et alpiniste elle était aussi la bienvenue. L`équipe était constituée, Millet a choisit de soutenir ce projet a la dimension sportive mais aussi scientifique.

La chaîne glacière  que nous ambitionnions de traverser a un relief très escarpée, elle est balayée par des vents d`une extrême violence, le climat y est rude et l`accès par la mer complique. Elle s`étend sur environ 100 km d`ouest a l`est et de 40 km du nord au sud, et est située a 54 degré de lat sud , au sud de l`île de Terre de Feu, au bout d`une péninsule borde au nord par le canal de Magellan au sud par le Beagle. Son point culminant le mont Darwin 2450 métrés

Pour préparer notre expédition nous nous sommes appuyé sur une carte Russe , et une carte Chilienne, nous avons aussi utilise Google Earth pour imaginer un cheminement mais la résolution du logiciel dans cette partie du monde est approximative. Il s`est avérée que de grosses erreurs sur les cartes nous ont conduit sur de mauvaises pistes Le cœur  de la chaîne est vierge, la cartographie et la toponymie est donc très vague ce qui rend les échanges et partage d`informations confus. Il est donc difficile d`être certain du nom des sommets, de leur localisation et de leur virginité.

Nous avons constate que les glaciers du versant sud de la chaîne sont pour la plupart impraticables, parce que raide et très accidentes, les croupes boises qui les bordes sont difficilement pénétrables. Elles sont un enchevêtrement d’arbres et de buissons certains morts couvert d’une épaisse mousse créant une sorte de treillis quasi impénétrable. Pour confronter les donnes des cartes, les occasions d`apercevoir les hauts sommets sont rares, la couverture nuageuse y étant quasi permanente.

A cette problématique montagne s`ajoute la contrainte maritime, la navigation dans ces eaux est souvent problématique puisque de forts vents rendent fréquemment la mer impraticable. Pour éviter de faire prendre des risques aux marins les autorités n`hésitent pas a fermer les ports interdisant toute navigation. La mer est elle aussi sommairement cartographiées, les abris des forts vents sont rares et peu de marins osent s`aventurer dans les profondes bahaïs, régulièrement obstruées de glace et balayes de violents vents catabatiques

Pour nous guider dans notre expédition nous avons utilise les services d`un routeur météo Michel Dimitrief, il s`est avéré que ses bulletins étaient très fiables en mer, mais moins souvent exacte en montagne, la force des vents étant systématiquement sous évalué ainsi que la nébulosité.

Notre projet était de traverser cette chaîne a ski, l`idée d` Yvan Estienne grand connaisseur du Chili avait été lancée après qu`il eut mené il y a plus d`un an une reconnaissance de la région en se rendant a Puerto William avec le Bahia Azul via les canaux de Magellan, Magdalena et Beagle. Au retour il survola la chaine en avion, et pu photographier quelques sommets. Nous avons aussi rencontré Christian Clot et François Viret pour en savoir plus, et l`idée a fait son chemin. Le plan initial était de partir de la Bahia Oceano à l’ouest de la chaine et de traversée aide par les vents dominants, d’ouest vers l’est pour finir dans la Bahia Yendegaia, en utilisant un bateau comme camp de base mobile. La partie centrale de la chaine entre les Bahia Oceano Garibaldi, España et Pia n`ayant a priori pas encore été explorée. Après des recherches avancées il s`avèrera que le seul bateau capable de soutenir une équipe de cette taille dans ces mer était le Nuéva Galicia et son capitaine Alejandro fils de feu le capitaine du Cabo Tamar. Ce bateau est base a Punta Arenas et bat pavillon Chilien.

Malheureusement la mer en a décidée autrement, et en raison de forts coups de vents, et d’une mer dangereuse notre progression a été retardée, plusieurs tentatives pour passer le cabo Froward se sont soldées par des échecs et nous avons du avoir recours aux services du bateau qui assure la liaison régulière entre Punta Arenas et Puerto William, le Bahia Azul.

Cet imposant ferry est plus a même d`affronter la forte mer, mais ne peu déposer de passagers qu’a l`extrême est de la chaine dans la bahia` Yendegaia, dernier arrêt avant Puerto William. Il nous a donc fallut changer nos plans et démarrer cette traversée par la partie la plus “alpine” de la chaîne contre les vents dominants.

Tout ces rebondissements et les stratégies misent en œuvre pour relancer l`expéditions malgré ces contres temps sont autant d’évènements passionnants pour nos chercheuses. Elles nous ont confie des dictaphones pour enregistrer nos échanges,  ces données seront analyses a leur retour a Paris, Montréal ou Nice, elles donneront lieu a de passionnantes publications.

Pour notre tentative de traversée nous avons choisit d’être autonome  pendant 15 jours, comptant sur la possibilité de faire une jonction avec une équipe de soutien restée sur le bateau nous rejoignant a partir d’une autre Bahia. Cette option nous oblige quand même a  porter des sacs de 20 kilos de tirer une luge d’une quarantaine de kilo pour deux! Nous nous sommes donc organises en binôme et mis au point une technique nous permettant de tirer une luge a deux en restant encordés.

Pour remonter la vallée de Yendegaia (ancienne hacienda)vers son glacier principale le Stopani il faut normalement compter 2 jours de rude labeur  a travers d’immenses lacs de castors. Heureusement nous  avons pu bénéficier des chevaux de Jose pour nous aider a acheminer tout notre matériel en 5 heures. Jose, un Gaucho chilien gère cette hacienda abandonnée, actuellement propriété du patron de North Face, il l’aurait chargé de débarrasser cette réserve de 40000 ha des 500 vaches passées a l’état sauvage.

Le glacier de Stopani qui donnerait accès au plateau sup de la chaine est très chaotique il dénivelle peu et oblige a un cheminement très laborieux avec nos charges. Ainsi quand nous sommes parvenus a l’endroit ou il meurt dans un lac glaciaire rendant quasi impossible sa traversée, nous avons saisit l’occasion. d`emprunter un de ses confluent le glacier de Dartmoor qui mène au col Valentine et chemine au pied delà face est du Roncagli.

Son profil plus raide et surtout couvert de neige permet de progresser en « one pouch » tirant nos luges moins laborieusement que de faire des aller retour pour acheminer tout notre matériel.

Le glacier Dartmoor ayant déjà été exploré par une expédition britannique en 79 puis en 90 nous bénéficions d`un schéma sommaire qui étaye notre carte Russe et laissait entrevoir une progression plus simple et la possibilité d`un passage vers le glacier de Roncagli.

Apres plusieurs jours de progression, il s`est avéré que le col Valentine était infranchissable sur le versant ouest, nous obligeant a rebrousser chemin, et faisant échouer cette tentative de traversée.  Nous avons profite de cette incursion pour observer cette imposante barrière que constitue la grande dorsale du Cœur de la chaine l`arête qui sépare le mont Darwin et Shipton.. Peu de point faibles permettent de franchir cette imposante dorsale. Nous avons explore tout les passages possibles vers le glacier de Roncagli, le glacier Armada de Chile parallèle au glacier Dartmoor ne semble pas non plus offrir de passage vers le Glacier Roncagli. Il nous a parût impossible de rejoindre ce dernier depuis le glacier Dartmoor, en effet nous avons gravit le sommet Caledonia qui nous en sépare, sont versant nord est trop abrupte.

Pendant ce temps nos amis partis de la bahia Roncagli, qui ont tente de remonter le glacier du même nom pour effectuer une jonction, sont en proie a des difficultés  d`un autre type. Un glacier très mouvemente, mourant dans un lac ou flottent des iceberg, s`avère infranchissable a moins d`avoir recours a un canoë. Nous établissons avec eux un contacte par téléphone satellite, et décidons ensemble de rebrousser chemin pour tenter une approche par une autre bahia .Ils nous apprennent que le Nueva Galicia, notre bateau camp de base a pu enfin passer le cabo Froward et effectuer la jonction depuis  Punta Arenas.

Plusieurs jours sont a nouveau nécessaire pour retourner a la bahia Yendegaia ou nous attend une autre mauvaise surprise notre bateau est échoué sur la plage, une voie d`eau nécessite des réparations, mais le capitaine a commit l`imprudence d`échouer son bateau lors d`une marrée exceptionnellement haute. Il nous faudra attendre trois autres jours et plusieurs marées pour  le voir flotter a nouveau, pendant ce temps nous laissons passer deux superbes journées si précieuse dans ce pays. Le moral est en berne, mais heureusement la détermination d`Yvan est sans faille, et grâce a l`aide de Marcel, marin belge base a Ushuaia, il trouve un moyen d`acheminer une équipe vers la Bahia Pia ou nous le savons, il y aurait un accès possible vers les hauts sommet du centre de la chaine.

Une fois sur le bateau Thomas, notre « web master »,  nous donne des nouvelles des enfants des écoles qui nous suivent, via internet. Ils nous ont pose beaucoup de questions, et il va nous falloir y répondre ! Certaines ont attraits a la montagne, aux glaciers, aux difficultés  que nous y rencontrons, a  notre sécurité. D`autres concernes la faune et la flore, et  la se sont les scientifiques qui s`y collent.

La traversee s`avérant  impossible, pour la suite de notre projet, nous choisissons de tenter l`ascension de ce qui devrait être le mont Darwin, deuxième sommet de la chaine depuis que le point culminant gravit en 61 fut débaptisé et nomme Shipton.

Nous établissons un camp de base dans la branche est de la bahia Pia sur une plage au point de jonction d`un glacier noir facile d`accès, et d`un glacier plus tourmenté qui décharge régulièrement de gros séracs dans la mer provoquant des sorte de mini tsunami.

Ce camp est idéal et confortable, mais notre bateau ne peut rester dans cette bahia, que le capitaine ne juge pas assez a l`abris pour un séjour prolonge. Finalement, il s`est avéré qu’il existait bien un excellent mouillage, nous l`avons utilise plus tard.

Cette baie est aussi un bon laboratoire pour Sebastien Ibanez qui doit remplacer Sandra Lavorel et prélever  a différentes altitudes et sur différents versants, des sols. Il devra ensuite consciencieusement les conditionner séparément en ayant pris soins de référencer tous ces échantillons, pour les faire analyser plus tard par une Université Chilienne. Il lui faut creuser la neige sur plusieurs mètres pour atteindre les sols, en ayant au préalable gravit plusieurs centaines de mètres de dénivelés dans ces enchevêtrement de végétation inclines a 55 degrés !

Marie Perez universitaire de la faculté de Nanterre a elle aussi choisi de nous accompagner au camp de base acceptant de troquer le confort du bateau pour l`humidité de ce lieu. C`est pour elle aussi un excellent laboratoire, car elle est a la bonne place pour étudier le comportement et les choix stratégiques des alpinistes. Ses journées sont bien remplis, et même si au début de son séjour les craquements sourds et réguliers des séracs s`écroulant dans la mer  soumettent ses nerfs a une rude épreuve elle finit par s`y habituer.

L`équipe « abandonnée » sur cette plage s`organise, nous entamons le séjour par l`ascension d`un facile sommet neigeux en rive gauche du glacier noir, nous explorons ensuite un col que nous nommerons les « Bouitchouns » (clin d`œil au patois des Vigeaux), ainsi qu`un autre sommet délimitant a l`est ce col,le « Sommet des Bouitchouns ».

Toutes ces ascensions nous font entrevoir le mont Darwin. Nous y entrevoyons un itinéraire possible sur sa face Ouest en suivant un éperon neigeux pour rejoindre un plateau glacier supérieur a 1800 mètres et enfin une pente sommitale et une dernière arête.

Plusieurs assauts ont été donnes depuis un camp un,  sans succès, des vents a plus de 150 km/h ont eu raison de notre détermination. Nous réussissons toutefois à gravir au passage un beau sommet satellite du Darwin a priori innominé.

Notre expédition tire a sa fin, il va nous falloir penser au retour, une accalmie annoncée par Michel notre routeur, nous permetrait de remonter vers Punta Arenas, il faut en profiter, ca ne dure jamais en Patagonie ! La navigation dans le canal de Beagle, les passages de Brecknock et Desolada sont un enchantement surtout quand une météo clémente vous autorise une montée  sur le pont. Sous nos yeux éberlués, les glaciers de Romanche Hollandia Roncagli Pia se jettent dans la mer…de l`autre cote, l`ile d’Hoste toute aussi sauvage, couverte de glaciers eux aussi inexplores, encore du rêve….d`autres projets vont germer.

Pierre Muller

Bibliographie

S. Zweig « Magellan »

Christian Clot « Ultima Cordilliera »

Jean Raspail « Qui se souvient des Hommes »

Compte rendu d`une expédition britannique en 1990 disponible a la librairie universitaire de Punta Arenas


Pierre Muller

De belles photos de Pascal Arpin, Steph Monari et Hubert Semiond